Cléo le 2 juin 2017

Prélude

Le 1er juin 2017, j'ai une séance d'acupuncture. Nous sommes à une semaine du terme. Pour moi, il s'agit de préparer le terrain pour l’accouchement. Je dis à Pauline, la sage-femme-acupunctrice, que je ne souhaite pas que le bébé vienne en avance. Nous ne sommes pas encore prêts matériellement, et Marc le papa espérait participer à un stage artistique de quelques jours le lendemain. Et puis, j'ai envie de profiter de la fusion avec le bébé jusqu'au bout. Pauline rétorque que je peux accoucher maintenant, qu'il faut que je lâche, que j'accepte l'idée de m'en séparer. Que les femmes qui ne lâchent pas n'accouchent pas et dépassent le terme, et alors on les déclenche. Elle a un discours insistant, me met un peu la pression.
Pendant la séance, j'ai l'impression qu'elle met le paquet. Elle insiste sur les points, c'est même douloureux.
Après la séance, je flotte. Je fais une sieste en rentrant chez moi.
En me levant, une heure après, je ressens un écoulement. Je pense que c'est vaginal. Un peu plus tard survient un deuxième écoulement, puis un troisième. Nous appelons le bureau des sage-femmes. Nous devons nous rendre à la maternité.
Je prépare mes affaires, prends une douche. Je suis perturbée. Pour moi, ce n'est pas le moment. Je ne peux m’empêcher de penser que j'ai été déclenchée par la sage-femme-acupunctrice.

Arrivée à la maternité

Arrivés à la maternité, nous faisons deux tests pour vérifier qu'il s'agit bien de liquide amniotique. Les tests sont positifs. Nous devons rester. Une sage-femme nous accompagne dans une chambre pour faire un monitoring. Il me semble interminable. Je suis dans une position inconfortable, j'ai mal au dos. J'ai des contractions, je n'avais jamais réussi à les identifier jusque là. En fait, ces derniers jours j'en avais eu, je pensais alors que ces douleurs étaient dues à un mauvais placement du bébé, trop près des côtes. Les contractions ne sont pas assez régulières ni rapprochées. On nous installe dans une chambre pour la nuit. Il doit être 23h.
J'ai des difficultés à m'endormir, à cause des contractions et de l'agitation mentale. Cette histoire d'acupuncture me travaille.
Je me réveille vers 3h30 avec des contractions régulières, fortes et rapprochées. Je gère les contractions comme je peux. J'essaie la respiration de la vague, la respiration-détente de l'utérus. Je visualise l'ouverture du col. J'ai besoin de rester assise et verticale. Deux fois j'ai envie de vomir, la troisième vers 6h30. C'est de la bile qui sort.
Nous appelons les sage-femmes. On refait un monitoring, elles examinent le col. Les contractions sont régulières, rapprochées. Le col est ouvert à un doigt. Nous pouvons aller en salle de travail.
Nous choisissons la salle 5 avec la liane, la fenêtre, l'air climatisé.

Le travail

Je continue à gérer les contractions en restant assise. Je m'intériorise. Je reste concentrée sur ce qui se passe. Je me laisse traverser par la vague. Je la sens arriver, je me détends le plus possible, je ne résiste pas.
Ca prend au ventre, ça donne la nausée. Je sens clairement que ça monte en intensité, puis ça redescend. C'est assez rapide en effet, ça ne dure pas. Je gère une contraction à la fois, et ressens le bien-être de la détente qui suit. Je garde les yeux fermés. Je me sens traversée par l'intensité de la sensation, un peu comme après une longue séance de méditation Vipassana. Mes yeux restent mi-clos, mon regard est lointain. Je me sens ailleurs, sur une autre planète.
Je n'ai pas envie de bouger beaucoup, juste rester verticale.
Au bout de deux heures, le col a peu changé. La sage-femme (une autre Pauline !) me propose de prendre un bain, et me donne de l'homéopathie à prendre tous les quarts d'heure. Le bain me détend.
Retour sur la table, toujours pas envie de bouger. A nouveau deux heures passent.
Nouvel examen, le col s'est encore un peu dilaté. La progression est lente. Pauline m'encourage à me mobiliser. Elle souhaite que la poche des eaux se rompe.
Elle me montre des mouvements sur le ballon : sur les côtés, en avant, en arrière. Je fais aussi des cercles avec le bassin et le mouvement de l'infini.
Je fatigue au bout d'un moment. Je me lève du ballon et me penche en avant sur le lit pour laisser passer une contraction.
La poche des eaux se rompt. C'est impressionnant tout ce liquide chaud, toute cette pression vers le bas. La force d'apana.
A partir de là, les sensations s'intensifient.
La sage-femme vérifie le rythme cardiaque du bébé. Il est constant. Elle s'exclame: "ce bébé est imperturbable !".
Je m'allonge sur le côté gauche en position semi-assise et je rentre dans ma bulle.
Marc est à mes côtés. Je suis heureuse de sentir sa présence. Je n'ai pas envie qu'il agisse. Juste sentir la douceur de sa présence, son soutien. Il me caresse la main. Il est là.
J'essaie de rester le plus détendue possible lorsqu'une contraction me traverse.
Mon corps ne m'appartient plus. Ça devient TRÈS intense.
Cette phase dure un bon moment (une à deux heures).
Puis l'impression que la contraction "pousse" toute seule vers le bas.
Je sens que ça pousse au niveau du rectum.
Nous appelons la sage-femme. Nouvel examen : je suis à 6,5 ou 7cm.
Je continue à ressentir la montée de l'intensité, et à gérer de la même façon.
En observant et en détendant.
J'essaie la respiration de la vague.
C'est difficile et j'ai l'impression que ça ne m'aide pas.
Idem pour les visualisations.
J'essaie l'ouverture du col, la respiration abdominale et vaginale, l'onde de détente bleue pour aider le bébé à descendre.
Ca me demande beaucoup d'effort mental.
Je pense que j'aurais eu besoin de m'entrainer davantage.
Les contractions "poussent" de plus en plus vers le bas.
La sage-femme m'examine : le col a disparu.
Elle appelle une autre sage-femme et une auxiliaire de puériculture.
Elles sont trois à nous accompagner pour accueillir notre bébé.

L'expulsion et la délivrance

On me laisse le choix de la position.
J'essaie à quatre pattes, puis allongée sur le côté gauche.
Besoin de l'aide de la pesanteur. Je me mets à genoux, suspendue à la liane.
Pauline me dit de pousser de toutes mes forces. Je n'ose pas, je préfèrerais que ça se fasse dans la détente. J'ai peur de la déchirure. Elle me dit de ne pas m'en soucier. J'essaie de pousser en faisant "hissssssss", comme dans les préparations à la naissance. Ca n'est pas suffisant.
Je commence à mettre de la voix pour accompagner la poussée. Je chante, je crie.
Je me suspends à la liane.
Je pousse pendant peut-être 6 ou 7 contractions. Peut-être davantage. Ca me semble long. Je suis fatiguée. Les sage-femmes m'encouragent, me disent que je travaille bien.
Finalement, elle voient des cheveux ! Je les touche. Ça m'encourage.
La contraction suivante, je pousse de toutes mes forces. J'en ai assez, j'ai envie que ça cesse !
Le bébé sort. Je sens son corps passer d'un coup.
Elle est sous moi. C'est une petite fille !!!!!!!
Il est 15h53.
Instant magique : le bébé et moi en peau à peau, Marc à nos cotés. Elle trouve le sein.
Sentiment de plénitude.
Malheureusement le travail n'est pas fini, il y a encore l'expulsion du placenta.
Je suis à bout de forces, je n'y arrive pas.
Marc prend le bébé (nous ne l'avons pas encore nommée) en peau à peau.
Finalement c'est la sage-femme, avec mon accord, qui m'appuie sur le ventre pour faire sortir le placenta. Je n'en suis pas capable, elle m'a laissée un long moment pour y parvenir seule.
Je retrouve le bébé et Marc. Nous restons deux heures dans la salle avant de regagner notre chambre.

En guise de conclusion

J'ai vécu un très bel accouchement.
Le plus important pour moi était d'offrir à Cléo une naissance naturelle et sans violence, d'où mon choix de ne pas avoir recours à la péridurale. Je me considère très chanceuse d'avoir vécu un accouchement sans problème. Le seul petit bémol est la séance d'acupuncture qui pour moi a provoqué la fissuration de la poche des eaux, à une semaine du terme.
On m'a rassurée en me disant que si le corps et le bébé ne sont pas prêts, l'acupuncture ne peut rien faire. Tout ce que je souhaite, c'est que Cléo ait bien vécu sa naissance, et qu'elle était prête à venir nous rejoindre.
Un grand merci à Martine et son accompagnement dans le yoga maternité.
Le stage que nous avons suivi avec toi ainsi que tes livres m'ont donné une meilleure conscience du bassin et permis d'affiner ma sensibilité.
Je pensais utiliser plus de techniques le jour de l’accouchement, je ne m'attendais pas à rechercher l'immobilité. Au final, c'est le lâcher-prise qui m'a le plus aidée.
Avec plus d'entrainement, j'aurais davantage tiré profit des exercices de visualisation, qui me demandaient trop d'effort mental pendant le travail.
Mais je suis convaincue que les exercices de yoga m'ont aidée à me préparer à l'accouchement, aussi bien physiquement que psychologiquement.
Merci aussi à la méditation Vipassana car j'ai su observer la douleur sans y réagir.
Et merci à Cléo de nous avoir choisis et d'illuminer nos vies.