Arrivée de Capucine, le jeudi 28 juillet 2016

Cela fait deux jours et deux nuits que mon utérus se resserre comme un étau autour de bébé.
Sensations, jusque-là, guère désagréables.
Ça "travaille" et c'est normal...

Jeudi matin, j'en parle à Nicolas en lui précisant que c'est un peu plus intense que d'habitude...
Nous décidons, l'un et l'autre, de vaquer à nos occupations : je passe l'aspirateur, il bricole dans son atelier...

Je prends ma douche, puis regarde l'heure car mon estomac crie famine : 12h30 !
Comme à mon habitude ces derniers temps, je n'attends pas Nicolas et décide de grignoter les restes de la veille.
Je prends alors conscience du travail qui est en route.
En effet, je suis obligée de rester debout pour m'alimenter et de m'arrête régulièrement pour laisser passer les contractions qui vont et viennent de-ci, de-là.

Nicolas réapparaît, je n'ai pas besoin de lui dire que cette fois c'est la bonne !
Il charge la voiture, se rase et pars se doucher.
Je laisse un message à Lya, ma sage-femme, pour la prévenir et avoir son avis...

En attendant, je monte à l'étage pour une pratique de yoga entre deux vagues.
Je me relie au Ciel, à la Terre et à mon bébé.
Je dirige ensuite des vibrations vers mon col avec l'intention de l'ouvrir.
Debout, je fais des mouvements de balancier du bassin de l'avant vers l'arrière, puis de la droite vers la gauche avec le son "OuA".
Je m'arrête-là !! Car après, tout s'accélère.
Je me mets à genoux et prend appui sur le ballon de yoga pour me bercer et entrer dans la danse des contractions de plus en plus rythmées.
Ces dernières sont intenses et rapprochées, j'ai l'impression qu'elles se localisent toutes au niveau de mon col.
Nicolas me rejoint avec le téléphone, c'est Lya qui, malheureusement, ne pourra pas venir nous rejoindre.
Au vue de notre conversation entrecoupée de respiration de la vague, elle me confirme bien que le travail a commencé...
En effet, je demande maintenant le soutien de Nicolas toutes les 3 mn en lui serrant la main.
Quant à moi, je plonge régulièrement dans un monde silencieux d'une grande profondeur.

Nous descendons tant bien que mal le premier étage, il me déclare :
"- J'appelle les pompiers, je ne me vois vraiment pas faire la route avec toi dans cet état !"
Il est 13h20.

Arrivée au salon, je sens un liquide chaud entre mes jambes et pense que c'est la poche des eaux qui se perce.
Je regarde le sol et vois du sang !!
Panique à bord, en ce qui me concerne !
Je me dirige dans la douche pour me rincer tandis que les pompiers au téléphone mettent Nicolas en relation avec un médecin qui nous rassure quant à ces gouttes de sang.
Impossible de rester debout et encore moins de m'habiller...
À genoux, adossée sur le ballon de yoga (que Nicolas a été me chercher), les premières poussées arrivent.
Je respire la vague et serre fort la main de Nicolas.
Les pompiers aussi, arrivent !
"- Salut Claire, c'est Manu !"
Tiens, tiens, tiens... Je reconnais cette voix...
Une femme me pose une perfusion et Manu reprend :
"- Tu vas devoir rester ici pour accoucher, on n'a plus le temps d'aller à l'hôpital..."
Aurais-je eu, un seul instant, l'intention de bouger de chez moi ?!!!
Je ne vois personne, ni ce qu'il se passe autour de moi car mes yeux sont fermés et régulièrement, je plonge dans ce monde silencieux et profond.
À deux reprises, "ils" souhaitent m'allonger, je refuse fermement !
À nouveau une voix familière retentie dans la salle de bain : il est 14h25.

"- Bonjour Claire ! C'est Cécile, la sage-femme de l'hôpital... Celle avec qui tu as fait toutes tes échographies...
Allez, c'est parti, on va t'installer sur un matelas et je vais te guider pour la dernière ligne droite."
"Ils" me déplacent, en effet, sur un matelas juste à côté de la douche.
Je demande à garder ma position initiale.
Requête accordée !
Cécile intervient :
"- Pousse Claire !
Attends... Ne pousse plus...
Cette fois vas-y à nouveau, pousse !
Encore, encore, encore, c'est intense mais tu sais que cela ne va pas durer... Fais-le pour ton bébé ! Ça y est je le vois ! Une tête toute chevelue !"
De mon côté, j'effectue ce travail final avec des sons, non pas des "OM" mais plutôt des "A" gutturaux.
Je donne "tout" et pense fort à mon bébé, je fais corps avec lui dans cet instant ultime.
Emballée dans une serviette, Capucine m'est remise dans les bras, je n'en reviens pas !
Elle tète ma joue pendant que Nicolas coupe le cordon.
Il est 14h45.
Nous repartons toutes les deux en ambulance à l'hôpital pendant que son papa fait un peu de ménage... Il nous rejoindra un peu plus tard...

Pour l'anecdote...
Quatre jours auparavant, je suis partie faire une petite balade à pieds avec mon gros ventre en partant de chez moi. J'ai rejoins la maison d'Émilie et Manu.
Coup de chance, ils étaient là et m'ont invité à boire le café.
Dans la conversation, j'ai demandé à Manu :
"- Est-ce que cela t'ai déjà arrivé de devoir accoucher une femme, en tant que pompier ?"
Il m'a répondu :
"- Non, mais on est formé pour...
Cela dit, il faut que tout se passe bien car nous ne sommes pas médecin !"
J'ai rétorqué :
"- J'imagine, qu'en général, si cela doit arriver, c'est que cela va vite et que tout se passe bien..."
Sur ces belles paroles, je les avais quitté...

Lorsqu'ils sont venus nous rendre visite de retour de la maternité, Manu était très ému et moi très touchée !...


Conclusion...
Avec du recul, j'avoue avoir manqué d'intimité (5 pompiers et 3 membres du SAMU dans ma salle de bain).
Tout ce "staff" pour moi, alors qu'il n'y avait rien "à faire", juste à attendre que la Nature opère...
Mais dans le fond, cela ne m'a pas tant dérangé car j'étais loin... très loin... ailleurs... dans l'Essentiel.
La dernière naissance à St Sigismond remonte à 1950.
Claire et Nicolas