Naissance de Julie

Vendredi 14 Avril se présente comme une journée faste !
Je me réveille sereine et en forme. Mon bébé bouge tranquillement comme tous les matins.
Le soleil est au RDV. Je prends le temps d'accompagner Rachel à son école puis je range la maison.
Je sents le besoin de mettre une touche d' « ordre » avant les vacances de Pâques mais n'y prête pas plus attention que cela.
Le midi, je pratique mon dernier cours de Yoga avec Catherine Prime. L'énergie est bonne. Je resssents un mélange agréable de mollesse, lenteur, suspension du temps surtout dans les changements de positions qui me paraissent très longs !
Après le yoga, je craque pour un sandwich et surtout deux grosses pâtisseries au chocolat avant d'aller chez la coiffeuse. Nous blaguons sur le fait de perdre les eaux dans leur salon ! Elles ont la frousse, mais « que nenni » leur dis­je, « je sents bien que le bébé ne va pas venir maintenant ! »
En rentrant, je passe à la boulangerie acheter quelques œufs de Pâques pour Rachel. Soit on les cachera ce week end dans l'appartement, soit je les glisserai dans ma valise pour la maternité.

Tout est prêt ! J'ai besoin d'entammer les vacances avec Rachel et Damien dans une totale disponibilité d'esprit, ne pas avoir à me préoccuper de l'aspect matériel pour vivre pleinement ces derniers moments à trois !
Rachel et Damien rentrent de l'école. Ils m'offrent une rose rouge cueillie dans le jardin de l'école. Ce petit geste et l'odeur suave de la rose me font beaucoup de bien.
Nous passons une agréable soirée en famille. Je glisse discrètement à l'oreille de Damien, que
« tout est prêt, le bébé peut venir quand il le souhaite. Mais, s'il peut attendre quelques jours, c'est bienvenu pour pouvoir se reposer, n'est­ce pas ?!»
Je sents alors un grand sourire dans mon corps. Je le reçois mais ne pense pas à un pré­signe !
Le soir avant de me coucher, je parle à mon bébé et masse mon ventre en comptant sur les 5 doigts des mains pour lui proposer de naître dans 5 jours, i­e, mercredi soir, lorsque Marion sera présente à la Mutualité !
Finalement, mon bébé fera signe dans 5 heures mais je ne le sais pas encore !

Je dors d'un sommeil profond, puis vers 4h Rachel m'appelle pour aller aux toillettes. Je l'accompagne, me recouche mais n'arrive pas à retrouver le sommeil.
Puis vers 5h, un mal de reins me fait d'abord penser au bébé qui doit être mal positionné. Je le caresse un peu. La gêne ne passe pas. Je me lève, passe aux toilettes et me dit malicieusement que j'ai du faire trop d'excès de chocolat la veille encore une fois !
Le mal de reins reste présent. Je n'est pas envie de me recoucher ;
Je bois un verre d'eau dans la cuisine et me mets à allumer toutes les lumières, salon, bureau et hall d'entrée!!! Inconscienmment, je prends mon ballon et commence à faire des mouvements de l'infini au milieu du salon en me disant que ce ne doit pas être ça, je n'ai pas de contraction... !
Cependant, je me rends compte que je fais différents mouvements et étirements désordonnés en me questionnant toujours sur la faisabilité ou non d'un possible accouchement maintenant ...
Les premières ondes de contraction arrivent mais je n'y crois pas vraiment.
Je parle à mon bébé :
« Déciderais­tu de venir maintenant ? »
« Ton jour serait­il le 15 avril au petit matin ? »
« Ton signe serait Bélier comme moi ? »
J'entends intérieurement le corps médical me prévenir d'un accouchement rapide car mon col est effacé, et qu'il faille aller à la maternité dès la seconde contraction... mais, je ne suis vraiment pas sûre que ce soit cela, enfin peut être…

Bon, avec toutes ces questions qui trottent, il est déjà 5h30. Je décide de prévenir Damien au cas où... Il dort. Doucement je l'appelle et m'assoie à ses côtés.
« Damien, je pense que notre bébé veut venir maintenant, mais je ne suis pas sûre ! »
« Tu as des contractions ? »
« Bah oui, mais pas vraiment... » Et là, une onde me traverse le corps et je plonge dans ma vague. J'entends Damien me dire que « Si, c'est ça ! Comment veux tu que je fasses ? »
« Eh bien, je vais prendre une douche. Appelle Judith (une amie) pour venir garder Rachel »
Pour moi tout roule ; la chaleur de l'eau me détends et je sents que je plonge de plus en plus profondément dans une énergie du corps, une certaine tranquillité et jouissance de savoir que le moment de la naissance arrive !
Damien me dit que Judith ne répond pas à deux fois. Il a prévenu Rachel et tente d'appeller Marie­France, notre voisine. Elle se prépare et arrive. Soulagement pour nous deux.
Je lui propose de prendre aussi une douche... je sents qu'on a le temps et de toutes façons, le travail a commencé mais je me sents bien.
Je boucle ma valise. Je viens embrasser Rachel et la rassurer :
« Le bébé a fait toc toc. Marie­France sera avec toi et on se reverra tout à l'heure avec le bébé. » Marie­France arrive chez nous. Je la remercie et lui dit de faire comme chez elle.

Nous sommes tous les trois dans le hall d'entrée. Au moment de partir, une 1ère vraie contraction arrive. Je me mets directement à quatre pattes et souffle dans la vague. Je sents que le non­ contrôle et la peur pourraient m'envahir mais non, je souffle et j'accueille. La contraction cesse. «Onyva,ondescend!»meditDamien.«Oui!»
On arrive au parking. Damien m'ouvre la portière pour que je m'installe dans la voiture mais je n'est pas envie ! Il part chercher l'autre valise pour le séjour à la maternité.
Pendant ce temps là, très court en réalité mais d'une force indéfinissable pour moi, je sents que je me connecte et reçois les énergies nécessaires à la naissance :
je respire l'air frais du petit matin, j'apprécie la force du calme et la solitude nocturne, la lune lumineuse et les étoiles me sourient. Je prends le temps d'appeler puis d'envoyer un message pour prévenir Marion.
Une seconde contraction débute. Je l'accueille avec mes bras et érige tout mon corps vers la lune. Lorsqu'elle est au maximum, une autre énergie m'attire vers la terre. C'est tout simplement bon et puissant. Je ressents davantage une force ultra puissante que de la douleur. Les contractions sont mes copines maintenant, je le sais et m'entends leur dire !
Damien arrive. On s'installe dans la voiture et il démarre. Ses mots sont tendres et appaisants. Il est 6h10 mais je ne m'en soucis pas vraiment. En route, une autre copine s'amorce mais elle ne semble pas aller jusqu'au bout de son travail... nous arrivons à 6h20. Damien peut se garer presque devant l'entrée de la clinique ! Incroyable !
Je suis bien dans la voiture. Je prends le temps d'écrire un message à Martine et Christine.
C'est Damien qui me propose de ne pas traîner en ouvrant ma portière. Je termine d'écrire le message, cela semble prendre plus de temps que d'ordinaire... puis, en arrivant au passage piéton, une 3è copine arrive ! Je suis à nouveau accroupie, me tiens d'une main au poteau, pose le portable au sol et vois 6h22 lorsque j'envoie le message à Martine et Christine... « les copines sont avec nous ! Nous arrivons à la maternité »
Je ne veux pas prendre l'ascenseur extérieur. N ous montons les marches et nous dirigeons vers l'accueil. Une 4è copine m'accroupie une fois encore, le temps que Damien et le personnel préviennent l'étage de la maternité. Ils me proposent un fauteuil roulant mais je préfère le bras et le soutient de Damien. Nous montons dans l'ascenseur.
Nous sortons. Tout est calme. Dès l'entrée dans le couloir, la terre m'attire. Je me mets à quatre pattes et une envie de pousser m'envahie. Damien court chercher une sage­femme. Lisa arrive.
« Bonjour, je suis Lisa. Comment vous sentez­vous Delphine ? Vous avez envie de pousser là, maintenant ? » «Oui!»
« Est­ce que vous vous sentez de marcher jusqu'à la salle d'accouchement ? »
«Oui!»
Damien et Lisa me soutiennent avec leurs bras. En nous dirigeant vers la salle d'accouchement, je dis à Lisa « Je pourrais avoir la salle nature ? »
« Oui, mais vous êtes sûre ? Vous ne pourrez pas utiliser la baignoire ! »
« Ce n'est pas grave, je veux la salle nature ! »
Elle est au bout du couloir. Lisa ouvre la porte. (elle me dira plus tard qu'il était 6h37) J'embrasse des yeux les tapis et me jette dessus.
Seconde poussée.
Lisa me propose de retirer legging et culotte. Je la laisse faire. Elle regarde le col.
« Vous êtes totalement dilatée Delphine ! » Cette phrase me donne un regain d'énergie et de joie.
« Vous voulez accoucher ici, dans cette position sur le tapis ? »
«Ohoui!»
Je pousse une troisième fois. Pour être efficace et ne pas me fatiguer, Lisa et Damien me conseillent de pousser en bas plutôt que par la gorge. C'est vrai que je pousse des cris vraiment gutturaux !
Leurs encouragements me sont très précieux. Malgré la rapidité de l'évènement, je sents qu'ils ont confiance en moi. Ils apperçoivent déjà la tête du bébé. De mon côté, je l'appelle de toutes mes forces.
A la 4è poussée, je sents la poche des eaux se rompre.
A la 5è poussée (6h45), je vois mon bébé en dessous de moi, couché sur le tapis. Je suis au dessus de lui.

C'est magnifique.
Il pleure.
Je pleure de joie.
Il est magnifique. C'est une fille.
Nous l'appellons Julie.
J'embrasse Damien. C'est merveilleux.
J'embrasse Julie. Elle est sur moi. Sa chaleur m'envahie. Je l'entends respirer. Elle cherche le sein.
Le temps se suspend. Je ressents une plénitude pour nous quatre.
Une fille, une petite sœur, Rachel va être ravie.

Lisa me dit « Vous êtes une championne Delphine. Bravo ! »
Je réponds en regardant Lisa et Damien « C'est Julie la championne ! »

Le 15 Avril 2017 à 6h45