La naissance de Lina

Lundi 19 décembre,

Les préparatifs pour l'arrivée de notre bébé se sont terminés la veille, je me rends à ma dernière séance d'acupuncture à 18h.
La séance fait son petit effet, j'observe quelques contractions plus fréquentes qu'à l'habitude.

Dans la soirée, je ne parviens pas à m'intéresser au programme télévisé, mes préoccupations sont ailleurs. J'ai la sensation de devoir faire un des plus grands sauts de ma vie, je me dis qu'une fois le travail commencé, rien ne sera jamais plus comme avant... Mélange d'impatience et d'appréhension, des peurs ressurgissent.

Je décide d'aller marcher au bord du lac. Il est 22h30 passé, il fait froid, personne à l'horizon. Mais une multitude d'oiseaux qui crient au port, les mouvements de l'eau, la clarté de la lune.
La reconnexion à la nature se fait et m'aide à trouver un calme intérieur. Quelques respirations de la vague, la confiance est là. Je me réjouis de voir ce qu'il se passera dans les heures à venir.

Dans la nuit, je suis réveillée toutes les heures par 1 contraction seulement (autant dire que le rythme est cool), mais l'intensité est déjà bien présente : je suis obligée de me lever et d'adapter ma respiration, pas franchement agréable…

Au petit matin, les contractions se rythment aux 20 minutes, puis 10. Je sens une joie m'envahir : c'est probablement bien « LE » jour !

Patrick se lève et je lui exprime mon besoin de l'avoir à mes côtés ce matin. Il décide d'aller chercher son ordinateur au boulot pour pouvoir travailler depuis la maison et voir si les choses se précisent.

J’envoie un sms à Alexandra, notre sage-femme, pour l'informer que les choses commencent peut être à bouger, nous convenons de nous appeler 1h-1h30 plus tard.
Je prends un premier bain.

Patrick et moi prenons ensuite le temps d'un sympathique petit déjeuner, je cherche une posture et souffle régulièrement à chaque contraction qui se présente, maintenant aux 5 minutes.
Petit déjeuner en amoureux à la lueur d'une bougie, l'agitation du début de journée commence dehors et moi je sens que je m'en déconnecte, pour me mettre dans un autre rythme.

L'intensité augmente franchement, je commence à être submergée par moment. J'adapte ma respiration comme je le peux, je me laisse aller aux mouvements dont j'ai besoin, je panique parfois un peu.
Mes vocalises commencent à être plus soutenues, je m'observe m'inquiéter d'être entendue par la voisine.

Téléphone avec Alex, le pré-travail semble se confirmer, elle viendra nous voir à la maison vers 10h30.
En attendant, je prends à nouveau un bain, ambiance bougie et huiles essentielles. Je savoure la présence de Patrick proche de moi, je suis apaisée par sa sérénité.

Alexandra arrive. J'ai tellement besoin de savoir si on y est « pour de vrai » ! Mon col est effacé et ouvert à 2 doigts, autant dire un début-début qui aurait pu me décourager, mais non :je suis euphorique de me dire que les choses se lancent !
Elle me conseille de chercher plus de stabilité dans mes postures car elle voit bien que je suis submergée par les contractions. Ahhh l'ancrage….
Alexandra repart, nous convenons de nous rappeler vers 13h pour voir l'évolution de la situation.

J'installe mon tapis de yoga et mon ballon dans le salon. Respiration de la vague et quelques sons à côté de Patrick, concentré sur son ordinateur.
Je me sens déjà un peu « ailleurs ».

Je retourne dans un bain, et ma quête d'appuis devient une priorité, mon plus grand besoin, car je me sens par moment complètement embarquée par la douleur.
Je me mets accroupie dans l'eau ou repousse les bords de la baignoire avec mes jambes ou mes bras.
Je déguste pas mal et ne suis pas sûre d'arriver à attendre le prochain contact avec Alexandra.

Patrick relance donc un téléphone, et nous convenons de nous rejoindre à la maison de naissance directement. Je sens qu'il est temps de partir, j'ai peu de répit entre les contractions et j'ai besoin d'avoir fait le trajet pour complètement lâcher-prise.

Je fais ce trajet à 4 pattes ou allongée sur la banquette arrière de la voiture, agrippée à la poignée, toujours en recherche d'appui que j'ai du mal à trouver. Le voyage me paraît interminable. Les sons m'aident un peu à me canaliser.

14h30 :
L'accueil chaleureux d'Alexandra à la maison de naissance m'apaise, et l'ambiance de ce lieu que nous avons choisi me réconforte : bougies, huiles essentielles, le bain est prêt.

Je suis à 5 cm (seulement, me dis-je à ce moment là) et n'ai pas du tout envie de retourner dans l'eau. Je m'assieds donc sur un petit tabouret, tantôt accroupie tantôt en position asymétrique, suspendue à une corde de tissu. Alexandra écoute régulièrement le cœur du bébé, je me sens en confiance, Patrick me masse et me réconforte.

Suspendue, je me laisse me balancer entre les contractions, je m'enracine à la Terre comme je peux. Je rentre dans un état de transe, je perds la notion du temps, mes souvenirs de cette étape sont très flous.
Patrick à mes côtés, qui me soutient, me fait boire de la tisane, rafraîchit mon front avec un gant frais.

Contractions après contractions, il est 16h, je commence à me sentir fatiguée, découragée. Je demande à Alexandra de m'examiner : je suis à 9 cm,le moral remonte ! Objectif presque atteint !
La poche des eaux se rompt pendant le toucher vaginal, Alexandra me propose d'aller dans l'eau.
J'apprécie un doux mais bref moment d'accalmie, les contractions repartent ensuite de plus belle..

Je me suspends à nouveau à une corde accrochée au dessus de la baignoire, accroupie dans l'eau ou à 4 pattes, les sons m'aident franchement à gérer l'intensité des contractions qui m'emportent. J'essaye de diriger mes « O » et mes « A » dans mon bassin et mon périnée. Je visualise le canal de la naissance et le voit s'ouvrir un peu plus à chaque contraction.

Enfin, le moment tant attendu de la désespérance arrive !!
« Je ne sais plus quoi faire, c'est trop intense, je ne vais jamais y arriver… etc etc ».

Alexandra m'encourage à ne rien faire et à me laisser guider par mon bébé. Je sens mon bassin qui s'ouvre, qui s'écarte et mon bébé qui descend. Quelle puissance !
Puis qui commence à me donner envie de pousser et appuie sur mon périnée. Je dis « NON ! », mais rapidement derrière « enfin...SI, OUI, mais NON » tellement l'envie se mêle à la peur.

Le jour s'en est allé, et dans l'intimité de la tombée de la nuit, une force incroyable me traverse. Je commence à pousser presque malgré moi dans l'eau de manière incontrôlée, avec des sons qui viennent du plus profond de mon être. Je suis soulagée par cette poussée. Je deviens alors plus active.
Je n'avais jamais goûté à une telle intensité…

Allongée sur le coté, je m'aide des appuis de mes jambes et de mes bras sur les parois de la baignoire pour pousser. Je trouve ainsi une grande stabilité et mon bébé avance bien. Alexandra me demande de me remettre sur le dos, mais cette posture ne me va pas du tout. Nous décidons donc que je sorte de l'eau, je tiens la tête de mon bébé visible entre mes jambes pour marcher jusqu'au lit de la chambre, soutenue par Patrick.

Juste le temps de me mettre à 4 pattes, une dernière contraction,la plus belle et la plus puissante, arrive et mes forces sont décuplées : je prends appui sur Patrick pour accompagner mon bébé une dernière fois.

Mardi 20 décembre, 17h46 : Lina est née !

S'en suivent la Joie immense, l'inondation d'Amour, les premiers regards et les premiers touchés, l'infini gratitude envers la Vie qui m'offre cette expérience unique, et envers mon équipe de choc.

Je me sens toute petite face à la puissance de l'énergie qui m'a traversée, et toute grande d'avoir permis la naissance de ce bébé. Je ne me suis jamais sentie aussi bien à ma place qu'à cet instant là.

La délivrance, la suture du périnée, la 1ère mise au sein, les premiers examens pour Lina, un bon repas pour se remettre de tout ça…

Il est 23h00, nous reprenons la route pour rentrer chez nous, avec la merveilleuse perspective de nous réveiller le lendemain ensemble à la maison, tous les 3 !

Claire et Patrick