Adèle, le 3 février 2017

Par de savants calculs, l’obstétricienne de la maternité avait finalement décidé que le terme était le 30 janvier, 3 jours plus tôt que prévu initialement. La veille de la naissance, un jeudi, ça faisait déjà 4 jours que je faisais des aller-retours à la Mut’ pour un suivi post-terme. Pour dire vrai, je n’avais qu’une trouille c’est qu’ils déclenchent l’accouchement. En soi, je sais bien, ce n’est pas bien grave, Cosma le grand frère était né d’un très bel accouchement déclenché. Mais voilà je ne voulais pas que l’équipe médicale s’en mêle avec leurs tampons et injections. J’usais depuis plusieurs jours de toutes les techniques que je connaissais pour faire venir cet enfant : je lui parlais « ça y est, nous sommes prêts, on t’attend ! », buvais de la tisane de sauge et de framboisier, marchais, faisais du toboggan à Flottibulle, câlinais le père plus qu’il n’en rêvait, me faisais piquer d’acupuncture, etc… J’ai fini par correspondre par texto avec ma naturopathe, un peu sorcière !, qui m’a dit (à distance !) que j’avais l’hypophyse bloquée (ah bon !), qu’elle s’en occupait (mais comment ?) et qu’en attendant je devais me masser les seins.

Ce jeudi après-midi-là, j’ai reçu beaucoup de messages, de mes sœurs, de mes copines, de mes proches qui venaient aux nouvelles et j’ai comme senti une énergie nouvelle, différente. J’ai senti que quelque chose se libérait, que je ne serais bientôt plus enceinte.

Dans la nuit, je me suis réveillée à 2 heures du matin, secouée par quelques contractions. Je suis restée au lit, comptant leur régularité. Elles étaient peu intenses mais arrivaient toutes les 7-8 minutes. Une joie immense que j’ai d’abord voulu garder pour moi, aussi parce que j’avais tellement eu de faux débuts de travail ces dernières semaines, que je préférais attendre d’être vraiment sûre. Je suis restée au lit jusqu’à 3h30, somnolente, vérifiant la régularité. Puis je me suis levée, j’ai prévenu Aziz que c’était sûrement pour cette nuit, qu’il pouvait dormir, que je viendrais le chercher quand j’aurais besoin de lui. J’avais la maison pour moi, dans une jolie lumière tamisée, les deux ainés et le père endormis. J’ai d’abord pris un long bain où je me suis appliquée à me faire belle, c’était doux et agréable. Je me suis épilée, coiffée, crémée, j’ai mis ma belle robe de grossesse que je ne porterais plus et qui est si confortable. Les contractions sont devenues de plus en plus intenses, un peu plus espacées aussi, toutes les 10 minutes. Et puis j’ai bu une tisane, j’ai écouté de la musique, du flamenco soufi, hypnotique et rythmée et j’ai fait du ballon : des mouvements de l’infini beaucoup, des respirations en visualisant un mouvement descendant, de l’infini vers la terre. Et je sentais ça très fort, l’énergie qui allait du haut vers le bas. Les contractions continuaient de s’intensifier et à 5 heures j’ai eu un immense coup de barre, je me suis allongée sur le canapé et j’ai un peu dormi entre des contractions qui devenaient de véritables déferlantes, puissantes, violentes. A 5h30, j’ai réveillé Aziz, qu’il vienne, qu’il m’aide. Il s’est affairé pour préparer les affaires : rassembler les sacs, préparer les gouters des enfants, s’habiller, bref ce genre de choses et à chaque contractions il me rejoignait et m’aidait à les vivre, respirant, envoyant des sons, me rassurant. Puis il repartait s’affairer, jusqu’à ce que le temps entre chaque contraction soit si court. Tout est ensuite allé très vite : appeler un taxi, allé réveiller le voisin pour qu’il reste avec les ainés (il m’a vu en bête sauvage, à quatre pattes, envoyant des Aaaaa et des Oooo, les yeux dans le vague. On ne se dit plus bonjour pareil maintenant devant l’ascenseur !!). Le trajet jusqu’à la Mut’ fut rapide épargnant de peu les sièges en cuir de la flambante voiture de taxi.

On était bien, on faisait des blagues, on était confiant et détendu. Même si ça devenait urgent d’arriver et même si les contractions étaient très fortes, on était calme. C’était une sensation étrange, calme dans le tourbillon.

En arrivant à la maternité, nous sommes accueilli par une étudiante sage-femme qui suit le protocole à la lettre, nous dit que je suis à dilatation 4 (et je sais que notre enfant va venir très vite maintenant) et qui rate l’installation de la perfusion en m’explosant une veine. Elle part, terriblement gênée.

Je perds les eaux et je sens que tout s’accélère, Aziz continue d’être une aide précieuse à chaque contraction je l’agrippe, je me sens plus forte. C’est l’heure du changement de service, une nouvelle sage-femme arrive et me propose d’aller en salle nature, me mettre dans la baignoire. J’y vais d’un bon pas, me déshabille et j’attends l’eau dans la baignoire. J’ai très envie de m’asperger d’eau chaude, mais il y a un problème, l’eau ne vient pas, ou elle trop brulante ou elle est trop froide, bref, ça ne marche pas et la sage-femme entame des réflexions et des travaux de plomberie, préoccupée par le matériel qui ne marche pas.

Et là je sens que je n’y arriverais plus, je ne trouve pas de bonne position, nue dans cette baignoire vide, je me mets à pleurer. Je reconnais alors le fameux moment de désespérance… le bébé va arriver ! je sors de la baignoire, je me suspends et j’annonce que j’ai très envie de pousser. La sage-femme fait alors un geste technique incroyable, elle se jette au sol pour se mettre sous moi, vérifier ma dilatation et « c’est bon, à la prochaine contraction vous pouvez pousser ! » dit-elle, je pousse deux fois, sur l’expire, en bloquant mon diaphragme, et je sens l’enfant qui passe. Et ce qui est fou, c’est que je sens tout, les reliefs de son visage, ses épaules passer dans mon bassin. C’est une sensation étrange que je garde très fort en mémoire. Je suis sur les genoux, à la verticale, l’enfant nait comme cela, comme aspiré par la gravité.

Je m’écroule au sol et on me pose Adèle sur moi, sur mon ventre, pas plus haut… le cordon est trop petit, mais elle est bien costaud, pesant plus de 4kg !

Il est 7h40 et ça ne fait même pas une heure que nous sommes à la maternité.

Merci infiniment pour cette préparation et cet accompagnement en yoga !


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