La naissance de Valentin

Voici mon récit de la naissance de Valentin:

Le signal à retenti le dimanche 26 février, 9 jours avant la naissance de Valentin avec la perte du bouchon muqueux : "Ca y est, mon corps se prépare à la naissance". Panique à bord: je viens d'arrêter le travail la veille ( j'ai terminé mon dernier soin par un massage de femme enceinte...joli clin d'oeil), j'ai dû relâcher et voilà que j'entre dans la dernière phase avant que mon bébé ne sorte.
Je ne suis pas prête, ni matériellement , ni psychologiquement: à 4h du matin je m'agite dans tous les sens ( préparation de la valise, commande sur internet des vêtements premier âge etc...).
Mon terme étant au 22 mars, j'avais prévu de profiter des 3 dernières semaines pour me ressourcer, mettre en place les derniers préparatifs etc... Mais le compte harbour est lancé: il va falloir que j'entre rapidement dans cette phase de détachement de la vie ordinaire, que je m'intériorise profondément.
Je sens que c'est là, maintenant, chaque instant compte, je commence à accentuer ma qualité de présence à moi-même! Pas évident de faire cette transition: je vais quitter l' état de grossesse, ce sont les derniers moments avec mon bébé en moi. Se préparer au deuil, c'est une fin! Evidemment après une fin, un renouveau, j'en ai bien conscience mais à ce moment je veux être presente, être bien en moi afin de vivre ses derniers moments ainsi que la naissance en Conscience.


La perte du bouchon muqueux s'associe à des contractions douloureuses dans le col, Valentin est placé bien bas et malgré le fait que je le fasse remonter en positionnant mes mains plus haut, il pèse lourd maintenant.
Je decide quand même que ce n'est pas le moment d'accoucher, et comme c'est mon col qui travaille, je choisi d'y mettre un petit noeud! Je saurai l'enlever plus tard...je me souviens de l'anecdote raconté par Chrisine.
Voila j'ai fermé une porte! Alors que durant 2 années de formation yoga maternité j'ai appri à les ouvrir... Mais là c'est conscient, et je déferai le noeud en conscience aussi! Je précise que pour la naissance mon 1er enfant, Matéo, mon col ne s'était pas dilaté dans les 24 heures après avoir perdu les eaux, j'avais donc été déclanchée au propess. Mais à l'époque je ne connaissais pas mon col! Aujourd'hui oui!

Je passe donc les jours suivants à me ressourcer, et, comme nous avons quelques jours de vacances, j'emmène donc ma petite famille dans un lieu qui répond à tous mes besoins de femme enceinte qui va bientôt accoucher: Evian! Durant ces 3 jours , j'ai recueilli tout ce dont j'avais besoin pour être confiante et reposée pour la naissance: la présence du lac, l'observation de la lune, la balade au milieu des arbres , la petite pause sur le banc face à la mare des canard, la baignade dans l'eau de la piscine, un massage , un cadre harmonieux, la présence de Massimo et Matéo... J'insiste sur l'importance de ces quelques jours avant l'accouchement car mon état intérieur se modifiait, et j'avais besoin de constituer ma bulle.

3 jours plus tard, le mardi 7 mars au matin, j'ai des contractions en continu dans le col, je bouge dans différentes positions en faisant le mouvement de l'infini dans mon lit. Je dis à Massimo que je ne peux pas amener Mateo à l'école ce matin et lui demande d' y aller. Je suis entrain de créer ma bulle et n'ai pas la force physique ni l'envie de sortir. Massimo part travailler...

Assise sur mon lit, toujours dansant l'infini, je sens que s'est le moment de défaire mon noeud (au niveau du col), il n'y a plus rien à retenir désormais. J'ai pu vivre ses derniers jours tout ce que je souhaitai. Je suis prête, sans peur! Je dois préciser que quelques jours avant le séjour à Evian, j'étais paniquée par la peur de revivre la douleur de l'accouchement de Mateo ( à l'époque mon col s'était dilaté de 1 à 9 en 1 heure, les contractions avaient étés intenses et je n'arrivais pas à respirer entre chaque).
Pendant ces 2 années de formation yoga mat Martine nous a beaucoup parlé d'intensité pour remplacer le mot douleur...sauf que jusque là c'était de la théorie. Apres une discussion avec un copain sportif, j'ai compris que mon mental se focalisait sur le vécu, la mémoire de cette expérience douloureuse passée et qu'il faisait un "copier/coller" sur l'expérience que j'allais vivre pour cette naissance. Dans un marathon, si un athlète est en grande difficulté physique à un endroit précis d'une montée par exemple (et qu'il abandonne là), les autres fois qu'il repasse par là, son mental se souvient et se remet en difficulté à cet endroit. D'où l'importance de la visualisation positive, d'un autre possible!

La semaine qui a précédé l'accouchement, mon col était très sensible, je ressentai des décharges électriques sur mon col, chacune d'elles me faisait spontanément me rétracter de douleur . J'ai donc pris ces décharges douloureuses pour une préparation aux contractions de l'accouchement et j'ai mis en place la respiration d'expansion , d'ouverture pour ne pas résister mais aller avec!

Retour au 7 au matin, je gère mes contractions avec le mouvement de l'infin dans toutes les positions qui me soulagent. J'appelle la sage femme Manuela vers 10h30, qui n'est pas certaine de la mise en route du travail au vu de ma gestion des contractions...Moi je sais que c'est le jour J. Les contractions sont regulieres, toutes les 5 minutes, voir moins. Je sais qu'il est temps de prendre la route... J'appelle Massimo, pas affolé du tout mais qui comprend à la determination de ma voix qu'il faut qu'il arrive. Il y a 30 minutes de route pour arriver à l^hoptal de thonon, et vivre les contractions intenses dans la voiture ne faisait pas parti de mes rêves!
Manuela tres calmement me demande si elle doit se rendre a l'hopital mintenant pour m'accueillir ou si je veux plutot la rappeler apres ma balade au bord de l'etang....C'est fou ça, personne croit que l'accouchement est imminent! Il est environ midi, Massimo arrive, et je donne à ma soeur les dernières instructions pour aller chercher Matéo a l'école.

Enfin l'esprit libéré, nous prenons la route, direction l'hopital. Je m'installe à l'arrière et me dis une chose: "surtout rester dans mouvement" Martine nous l'a assez répété. Je précise que j'avais bien insisté dans mon projet de naissance sur ma crainte de devoir gérer les contractions en voiture, et nous avions donc prevu de partir au plus tot, avant que les contractions ne soient trop rapprochées. C'est raté, je vais donc faire avec! Adaptation!
Assise sur 1 ischion, l'autre décollé du siege, je danse l'infini avec mon bassin. Pour que Massimo puisse être connecté à ce que je vis, je le préviens de chaque contraction. Mouvement de l'infini, puis respiration dans mon bassin: expension, expension, expension... J'ouvre. J'ai dans la tête comme un mantra: chaque contraction me rapproche un peu plus de l'arrivée de mon bébé". Oui Martine et Christine ont bien fait leur travail...!

Arrivée à la maternité, j'attends sagement dans la voiture la prochaine contraction afin d'être" bien installée" pour la gérer. Puis je marche en direction de l'hopital, et là sur le chemin nouvelle contraction: nouvelle méthode donc car je suis debout, et spontanément c'est la respiration de la vague qui s'impose! Nous arrivons au service maternité, Manuela nous accueille. Bonne nouvelle, nous avons la salle Nature avec la baignoire! Le service est très calme, peu d'accouchement ce jour là. Manu m'examine: col court, dilaté a 2 cm: Super, les contractions sont donc efficaces! Je continue comme ça!
Assise sur le ballon, Massimo me masse le bas du dos avec des huiles essentielles. Je commence a faire des sons pour gerer les contractions, des " Ou A". Le "Ou" descend dans mon bassin et le "A" l'ouvre. Massimo m'accompagne dans les sons (2 week end de yoga mat l'ont préparé a la vibration). Puis nouvel examen du col et là enfin la baignoire m'attend! Je la réclamait depuis un moment à Manu...


J'arrive dans la salle Nature, je "saute presque dans la baignoire", et je n'en sortirai pas avant d'avoir accouché! Je me sens bien dans l'eau, c'est l'élément dans lequel je souhaitai vivre cette naissance! Massimo ne pensait pas que l'on irait jusqu'au bout dans l'eau mais devant le peu d'entrain de ma part à en sortir ainsi que l'indifference de Manu à son "Ca serait bien de sortir là!", il s'est résigné! il faut dire que nous avons confiance en elle. Je continue a vibrer des sons qui maintenant ne sont plus "controlés". Ces sons viennent du fond de moi.

Manu insiste pour que j'inspire aux narines, car l'intensité m'amène quelquefois a inspirer par la bouche. Je me recale donc, j'ai même le temps de penser "la respiration aux narines c'est celle qui nous fait changer d'etat de conscience, passer dans le plus subtil". Ensuite je suis dans un état tres particulier, je n'ai plus conscience du temps. Je suis dans mon corps et dans un autre espace/temps!

Valentin sortira à 15h28. Juste après le passage de sa tête j'ai comme un relachement. Je me laisse glisser dans la baignoire, Massimo me le racontera plus tard, qu'il a du me retenir, me ramener vers lui. C'est à ce moment là que Manu me dit d'un ton ferme (pour la 1ere fois)," Allez Aurélie, on a besoin de toi là!". Cet ordre me ramène dans mon corps, je pousse à nouveau quelques fois et Valentin sort.
Il a les yeux ouvert, je suis là, nos regards se rencontrent pour la première fois. Son regard est puissant et tranquille à la fois.

Ce fut une naissance en conscience, vécu dans la confiance! J'ai pu, au fur et à mesure qu'elles se présentaient voir mes peurs, les accueillir et trouver des ressources pour les transformer en confiance! Un véritable travail d'équipe avec Massimo et Manuela, dans la communication et le respect.

Aurélie

Accouchement Valentin - Vu par Massimo



Mardi 7 mars

Belle journée ensoleillée. Je me lève normalement pour aller travailler, avant qu’Aurélie, me dise : « Massimo, j’ai besoin de me reposer. Tu peux amener Matéo à l’école ». Je lui demande si ça va et elle me répond qu’elle a juste besoin de repos. J’amène donc Matéo à l’école et me rend au travail.

Vers 10h30, je reçois un message d’Aurélie. Elle m’écrit « beaucoup de contraction ». Je l’a rappelle pour faire le point avec elle. Je la sens stressée. Je lui demande qu’elle me parle de ses contractions et des fréquences, mais elle devient agressive… On va sûrement finir la journée à 4. Je lui propose de la rappeler dans 5 minutes pour voir s’il y a eu une nouvelle contraction.

5 minutes plus tard, je la rappelle. Elle est en ligne avec Manuela, la sage-femme. Elle me demande de patienter. J’entends à sa voie et à son discours avec Manuela que les choses se précisent. Toujours en attente et à l’écoute de leur conversation, je commence à ranger mes affaires et à transmettre mes dossiers à mes collègues. Aurélie termine sa conversation. J’ai compris, je lui dis que je saute dans un taxi et que j’arrive. J’annonce mon départ à mes collègues qui me glissent des mots d’encouragement. « Comme si c’est moi qui allait accoucher à la place d’Aurélie…. ». Finalement, j’en aurais bien besoin.

Je saute dans un taxi et comble de malchance, je tombe sur « Monsieur Je Respecte toutes les règles ». Je lui fais comprendre sur un ton convaincant que je n’allais pas lui en vouloir s’il oubliait 2-3 priorités, car ma femme allait accoucher. Message reçu 5 sur 5 par le chauffeur qui se transforme en pilote et me montre que son klaxon fonctionne. Rassuré, j’en profite pour appeler la sœur d’Aurélie pour lui demander d’aller chez nous, car c’était le jour J. Je sens en moi un sentiment étrange m’envahir : mi-peur, mi-excitation. Mon fils arrive !

A la maison, Aurélie est là, elle m’attend. Le temps de sauter dans un jeans et nous sommes en route pour la maternité. Je demande à Aurélie, qui est à l’arrière, de me faire partager ses contractions, afin de les compter. La sage-femme appelle dans la voiture. « Contractions régulières de plus 30 secondes toutes les 5 minutes » . Nous nous donnons RDV à la maternité, les indicateurs sont aux verts.

Je suis admiratif devant Aurélie. Comment fait-elle pour supporter ces contractions ? J’ai l’impression qu’elle n’a pas mal. Est-ce vraiment pour aujourd’hui ? Je la laisse dans sa bulle. Nous arrivons à la maternité. Manuela nous accueille et examine Aurélie. Ça s’annonce bien. Il est temps de mettre mon « armure de gardien du temple ». Je suis impatient, mais intérieurement terrifié. Est-ce que ça va bien se passer ? Fais-je être à la hauteur de ses attentes ? L’adrénaline commence à m’envahir. Je le sens, car je suis malade : toux et nez qui coule. Mais, soudainement plus rien et ça sera comme ça jusqu’à l’arrivée de Valentin. Mon dieu que la nature est bien faite.

Je masse Aurélie avec des huiles essentielles entre les contractions et l’accompagne des sons que nous avions travaillé pendant les stages. Je prends plaisir à l’accompagner. Elle souligne la qualité de mes massages. Je ne vais finalement pas me faire trop insulter aujourd’hui.

Finalement, les portes de la salle nature s’ouvrent et Aurélie peut rentrer dans la baignoire. Je prends soins d’améliorer l’ambiance : Musique de fond et lumière tamiser. Aurélie est bien dans l’eau. Elle est souriante, mais les contractions s’intensifient. Mon rôle change : il est temps de la rassurer et de la soutenir. Finis les massages, je dois être un roc. Pour la première fois, je vois la douleur. Aurélie a les mains crispées.

La sage-femme examine à nouveau Aurélie qui sent le besoin de commencer à pousser. Je demande s’il ne serait pas mieux de sortir de la baignoire. Je n’obtiens aucune réponse de mes partenaires d’aventure. « Elles ont dû se mettre d’accord quand j’étais aux toilettes ». Valentin va naître dans l’eau. Je tremble sous mon « armure ».

Valentin descend bien dans le col. Les sons d’Aurélie deviennent de plus en plus animal. Elle se transforme. La douleur s’intensifie un peu plus. Mais, je suis tellement impuissant. Vivement que le bébé arrive.

Aurélie s’allonge sur le dos alors que jusqu’à présent, elle était à genou. Je la sens glisser, partir, s’envoler. Elle n’est plus là. Je suis à sa tête et dois la tirer vers moi pour qu’elle ne parte pas sous l’eau. Mes cuisses me brûlent, les bords de la baignoire me rentrent dans les côtes. « Chéri, si tu voulais me faire partager ta douleur, tu as réussi». Elle hurle. Ses sons sont au niveau de sa gorge, ils n’aident pas Valentin dans son voyage. Je lui demande de descendre ses hurlements dans son bassin. Aurélie est de plus en plus lourde. Elle me glisse des mains. Soudain, Manuela, la sage-femme la rappelle à l’ordre : « Aurélie, on a besoin de toi, MAINTENANT ». La peur me submerge. Je l’encourage, lui dit que Valentin sera bientôt là, mais qu’elle devait revenir vers nous. Puis, son hurlement, bestial, et enfin l’arrivée de Valentin dans ses bras. Je le regarde dans les yeux, mon armure me tombe, les larmes m’envahissent, mon nez coule, mon corps tremble, les portes du temple se ferment….