EVE GRETZ

Naissance d’Ineka le 4 octobre 2017

Namaste,

Je souhaitais avant tout remercier Martine et le groupe pour la belle rencontre du stage d’automne à Gretz. Votre énergie m'a réconfortée et accompagnée dans cette première expérience de l'accouchement.
Je tenais à vous fait part de mon témoignage.

Le dimanche 01/10 (soir du stage) nous nous sommes rendus aux urgences pensant que j'avais perdu les eaux. Fausse alerte.

Les deux jours suivants j'ai eu pas mal de contractions très supportables. J'ai repris les différentes postures apprises durant le stage notamment, la posture du héros, le grand geste de l’univers, l'enracinement accroupie et sur le ballon, le palmier et surtout la respiration de la vague et la relaxe de l'abandon à la terre (mention très bien!!)

Mardi 03/10 21:30 soir de pleine lune, je dis à Laurent mon compagnon tiens toi prêt, c est le jour J !

Les contractions étaient de plus en plus rapprochées et concentrées au niveau des reins.
J'ai donc pratiqué les postures chien-chat et le palmier pour m'étirer. La respiration abdominale "force dans les reins" et dans les lombaires en position accroupie m'ont aussi bien soulagée.
Après 3 bains et moult 8 de l’infini, accroupie et sur mon ballon nous prenons la route à 05h15.

Arrivée à l'hôpital à 05h35, je me fait gronder par la sage-femme qui m'indique que j'aurais pu accoucher dans la voiture...col ouvert à 8cm!

On m'installe à 05h50 et le travail commence comme je le voulais par voies naturelles et sans péridurale !
Je m'abandonne à la nature en fermant les yeux. Mon cher et tendre Laurent me tient la main en silence. Il cale sa respiration sur la mienne.
Je récite dans ma tête le mantra "Om aim hrim om" et me laisse traverser par cette force. Je fais confiance à mon corps et accueille chaque contraction comme un pas de plus vers ma fille.
Après 4 /5 intenses poussées, Ineka voit le jour le 04/10/17 à 06h14.

Om!


Stéphanie

Cléo le 2 juin 2017

Prélude

Le 1er juin 2017, j'ai une séance d'acupuncture. Nous sommes à une semaine du terme. Pour moi, il s'agit de préparer le terrain pour l’accouchement. Je dis à Pauline, la sage-femme-acupunctrice, que je ne souhaite pas que le bébé vienne en avance. Nous ne sommes pas encore prêts matériellement, et Marc le papa espérait participer à un stage artistique de quelques jours le lendemain. Et puis, j'ai envie de profiter de la fusion avec le bébé jusqu'au bout. Pauline rétorque que je peux accoucher maintenant, qu'il faut que je lâche, que j'accepte l'idée de m'en séparer. Que les femmes qui ne lâchent pas n'accouchent pas et dépassent le terme, et alors on les déclenche. Elle a un discours insistant, me met un peu la pression.
Pendant la séance, j'ai l'impression qu'elle met le paquet. Elle insiste sur les points, c'est même douloureux.
Après la séance, je flotte. Je fais une sieste en rentrant chez moi.
En me levant, une heure après, je ressens un écoulement. Je pense que c'est vaginal. Un peu plus tard survient un deuxième écoulement, puis un troisième. Nous appelons le bureau des sage-femmes. Nous devons nous rendre à la maternité.
Je prépare mes affaires, prends une douche. Je suis perturbée. Pour moi, ce n'est pas le moment. Je ne peux m’empêcher de penser que j'ai été déclenchée par la sage-femme-acupunctrice.

Arrivée à la maternité

Arrivés à la maternité, nous faisons deux tests pour vérifier qu'il s'agit bien de liquide amniotique. Les tests sont positifs. Nous devons rester. Une sage-femme nous accompagne dans une chambre pour faire un monitoring. Il me semble interminable. Je suis dans une position inconfortable, j'ai mal au dos. J'ai des contractions, je n'avais jamais réussi à les identifier jusque là. En fait, ces derniers jours j'en avais eu, je pensais alors que ces douleurs étaient dues à un mauvais placement du bébé, trop près des côtes. Les contractions ne sont pas assez régulières ni rapprochées. On nous installe dans une chambre pour la nuit. Il doit être 23h.
J'ai des difficultés à m'endormir, à cause des contractions et de l'agitation mentale. Cette histoire d'acupuncture me travaille.
Je me réveille vers 3h30 avec des contractions régulières, fortes et rapprochées. Je gère les contractions comme je peux. J'essaie la respiration de la vague, la respiration-détente de l'utérus. Je visualise l'ouverture du col. J'ai besoin de rester assise et verticale. Deux fois j'ai envie de vomir, la troisième vers 6h30. C'est de la bile qui sort.
Nous appelons les sage-femmes. On refait un monitoring, elles examinent le col. Les contractions sont régulières, rapprochées. Le col est ouvert à un doigt. Nous pouvons aller en salle de travail.
Nous choisissons la salle 5 avec la liane, la fenêtre, l'air climatisé.

Le travail

Je continue à gérer les contractions en restant assise. Je m'intériorise. Je reste concentrée sur ce qui se passe. Je me laisse traverser par la vague. Je la sens arriver, je me détends le plus possible, je ne résiste pas.
Ca prend au ventre, ça donne la nausée. Je sens clairement que ça monte en intensité, puis ça redescend. C'est assez rapide en effet, ça ne dure pas. Je gère une contraction à la fois, et ressens le bien-être de la détente qui suit. Je garde les yeux fermés. Je me sens traversée par l'intensité de la sensation, un peu comme après une longue séance de méditation Vipassana. Mes yeux restent mi-clos, mon regard est lointain. Je me sens ailleurs, sur une autre planète.
Je n'ai pas envie de bouger beaucoup, juste rester verticale.
Au bout de deux heures, le col a peu changé. La sage-femme (une autre Pauline !) me propose de prendre un bain, et me donne de l'homéopathie à prendre tous les quarts d'heure. Le bain me détend.
Retour sur la table, toujours pas envie de bouger. A nouveau deux heures passent.
Nouvel examen, le col s'est encore un peu dilaté. La progression est lente. Pauline m'encourage à me mobiliser. Elle souhaite que la poche des eaux se rompe.
Elle me montre des mouvements sur le ballon : sur les côtés, en avant, en arrière. Je fais aussi des cercles avec le bassin et le mouvement de l'infini.
Je fatigue au bout d'un moment. Je me lève du ballon et me penche en avant sur le lit pour laisser passer une contraction.
La poche des eaux se rompt. C'est impressionnant tout ce liquide chaud, toute cette pression vers le bas. La force d'apana.
A partir de là, les sensations s'intensifient.
La sage-femme vérifie le rythme cardiaque du bébé. Il est constant. Elle s'exclame: "ce bébé est imperturbable !".
Je m'allonge sur le côté gauche en position semi-assise et je rentre dans ma bulle.
Marc est à mes côtés. Je suis heureuse de sentir sa présence. Je n'ai pas envie qu'il agisse. Juste sentir la douceur de sa présence, son soutien. Il me caresse la main. Il est là.
J'essaie de rester le plus détendue possible lorsqu'une contraction me traverse.
Mon corps ne m'appartient plus. Ça devient TRÈS intense.
Cette phase dure un bon moment (une à deux heures).
Puis l'impression que la contraction "pousse" toute seule vers le bas.
Je sens que ça pousse au niveau du rectum.
Nous appelons la sage-femme. Nouvel examen : je suis à 6,5 ou 7cm.
Je continue à ressentir la montée de l'intensité, et à gérer de la même façon.
En observant et en détendant.
J'essaie la respiration de la vague.
C'est difficile et j'ai l'impression que ça ne m'aide pas.
Idem pour les visualisations.
J'essaie l'ouverture du col, la respiration abdominale et vaginale, l'onde de détente bleue pour aider le bébé à descendre.
Ca me demande beaucoup d'effort mental.
Je pense que j'aurais eu besoin de m'entrainer davantage.
Les contractions "poussent" de plus en plus vers le bas.
La sage-femme m'examine : le col a disparu.
Elle appelle une autre sage-femme et une auxiliaire de puériculture.
Elles sont trois à nous accompagner pour accueillir notre bébé.

L'expulsion et la délivrance

On me laisse le choix de la position.
J'essaie à quatre pattes, puis allongée sur le côté gauche.
Besoin de l'aide de la pesanteur. Je me mets à genoux, suspendue à la liane.
Pauline me dit de pousser de toutes mes forces. Je n'ose pas, je préfèrerais que ça se fasse dans la détente. J'ai peur de la déchirure. Elle me dit de ne pas m'en soucier. J'essaie de pousser en faisant "hissssssss", comme dans les préparations à la naissance. Ca n'est pas suffisant.
Je commence à mettre de la voix pour accompagner la poussée. Je chante, je crie.
Je me suspends à la liane.
Je pousse pendant peut-être 6 ou 7 contractions. Peut-être davantage. Ca me semble long. Je suis fatiguée. Les sage-femmes m'encouragent, me disent que je travaille bien.
Finalement, elle voient des cheveux ! Je les touche. Ça m'encourage.
La contraction suivante, je pousse de toutes mes forces. J'en ai assez, j'ai envie que ça cesse !
Le bébé sort. Je sens son corps passer d'un coup.
Elle est sous moi. C'est une petite fille !!!!!!!
Il est 15h53.
Instant magique : le bébé et moi en peau à peau, Marc à nos cotés. Elle trouve le sein.
Sentiment de plénitude.
Malheureusement le travail n'est pas fini, il y a encore l'expulsion du placenta.
Je suis à bout de forces, je n'y arrive pas.
Marc prend le bébé (nous ne l'avons pas encore nommée) en peau à peau.
Finalement c'est la sage-femme, avec mon accord, qui m'appuie sur le ventre pour faire sortir le placenta. Je n'en suis pas capable, elle m'a laissée un long moment pour y parvenir seule.
Je retrouve le bébé et Marc. Nous restons deux heures dans la salle avant de regagner notre chambre.

En guise de conclusion

J'ai vécu un très bel accouchement.
Le plus important pour moi était d'offrir à Cléo une naissance naturelle et sans violence, d'où mon choix de ne pas avoir recours à la péridurale. Je me considère très chanceuse d'avoir vécu un accouchement sans problème. Le seul petit bémol est la séance d'acupuncture qui pour moi a provoqué la fissuration de la poche des eaux, à une semaine du terme.
On m'a rassurée en me disant que si le corps et le bébé ne sont pas prêts, l'acupuncture ne peut rien faire. Tout ce que je souhaite, c'est que Cléo ait bien vécu sa naissance, et qu'elle était prête à venir nous rejoindre.
Un grand merci à Martine et son accompagnement dans le yoga maternité.
Le stage que nous avons suivi avec toi ainsi que tes livres m'ont donné une meilleure conscience du bassin et permis d'affiner ma sensibilité.
Je pensais utiliser plus de techniques le jour de l’accouchement, je ne m'attendais pas à rechercher l'immobilité. Au final, c'est le lâcher-prise qui m'a le plus aidée.
Avec plus d'entrainement, j'aurais davantage tiré profit des exercices de visualisation, qui me demandaient trop d'effort mental pendant le travail.
Mais je suis convaincue que les exercices de yoga m'ont aidée à me préparer à l'accouchement, aussi bien physiquement que psychologiquement.
Merci aussi à la méditation Vipassana car j'ai su observer la douleur sans y réagir.
Et merci à Cléo de nous avoir choisis et d'illuminer nos vies.

La naissance de Cléo

Vue par Marc.
Le 2 juin à l’hôpital de Tourcoing.


C’est le matin. L’intensité augmente.
Emilie se retire en elle même.
Quand une contraction arrive, elle ferme les yeux et penche un peu la tête.
Elle respire.
Immobile.
Impassible.
Elle observe l’intensité qui vient et qui s’en va.

Toutes les techniques apprises en stage avec Martine ou pendant la préparation à l’accouchement ont disparu.

La respiration de la vague, la pluie de pure énergie, les mouvements de l’infini, la sophrologie, les prolongements, les postures sur ballon, les notes dans les carnets, les exercices des bouquins, les conseils des magazines, les témoignages des copines, les dizaines d’heures d’enregistrement de stage…

Tout ce que nous avions entassé ces derniers mois pour nous préparer au voyage.
La première vague arrive et emporte tout.

Tout, sauf la méditation.
Inscrite en elle par des années de pratique, Emilie la trouve sans avoir à chercher.

Sur l’écran du monitoring, la courbe grimpe.
Je regarde Emilie.
Elle baisse un peu la tête.
Ses yeux sont fermés.
Elle ne bouge plus.
Elle respire doucement.

Sans prévenir, elle entre-ouvre les paupières et redresse la tête.
Je regarde le monitoring.
La courbe plonge.
Le pic est passé.

Chaque contraction, c’est la même chose.

Moi, je veux me rendre utile. Agir.
Je veux l’encourager, la réconforter, lui caresser le dos ou lui masser épaules.

Elle dit que ça perturbe sa concentration.

J’arrête. Je me tais. Je range le brumisateur.
Je m’occupe de la musique.
Elle me demande parfois une petite gorgée d’eau.
J’ai le droit laisser mes doigts posés sur les siens.

Pendant quelques heures, je suis chargé d’une mission par les sages-femmes.
Je suis responsable de la distribution des petits granulés homéopathiques.
Une dose toutes les quinze minutes.

Alors je reste assis sur un tabouret à roulettes.
Enveloppé dans ma blouse de papier bleu, je surveille l’horloge.
J’observe le monitoring. Et je regarde Emilie.

Plus les contractions se rapprochent et s’intensifient,
Plus elle disparaît à l’intérieur d’elle même.

Et plus je me sens démuni.

J’avais cette image du compagnon formidable.
Celui qui dit les phrases justes de sa belle voix forte.
Celui qui sait où poser ses mains pour soulager.
Celui qui supervise les opérations et dirige les exercices de gestion de l’intensité.
Celui qui sert de médiateur entre madame et l’équipe médicale.

Et me voici assis sur mon tabouret à roulettes.
Sans rien à dire ni rien à faire.

Je me souviens qu’on nous avait parlé de la vague et du rocher.

C’est exactement ça.
Sauf que dans l’image qu’on nous avait décrite, la vague pouvait se déchaîner parce qu’elle savait le rocher à ses côtés, solide et immuable.
Quelle drôle d’idée...

Je m’imagine petit caillou face aux mouvements massifs et mystérieux de l’océan.
Je vois la vague qui surgit, roule, gronde, s’écrase, disparaît, et revient…

Comment le rocher pourrait-il croire qu’il est nécessaire à la tempête ?
Comment pourrait-il imaginer que c’est lui, minuscule grain de la plage, qui autorise la vague à jaillir de l’océan ?

Tout comme la mer ignore le petit caillou qu’elle ballotte,
La mère ignore celui qui se prenait pour un admirable rocher.

Je suis assis sur mon tabouret à roulettes,
Inutile à l’incroyable événement qui advient devant moi.
Je me sens impuissant. Démuni.
Mais aussi plein de gratitude pour cette prodigieuse leçon d’humilité.

Car Emilie gère parfaitement les heures qui passent,
L’intensité qui augmente.
Les sages-femmes sont impressionnées.
L’une d’elles lui dit : « C’est bien ce que vous faites madame. »
Emilie reste impassible.
Elle respire, les yeux fermés, le menton légèrement baissé.
Alors la sage-femme se tourne vers moi : « Il y a des dames qui à ce moment là ne gèrent plus rien du tout ! »

Alors quoi ?
Est-ce que je souhaiterais que, comme tout le monde, Emilie ne gère plus rien du tout ?
Comme ça je pourrais entrer en action, parler fort, bomber le torse, sauver la situation, briller dans la salle de travail…

Pourquoi devrais-je me lever de mon tabouret à roulettes ?
Et surtout pour qui ?
Pour elle ? Ou pour moi ?
Elle, elle n’en a pas besoin…

Parfois elle ouvre les yeux.
Et parfois, elle me sourit.
Alors je me sens mieux.
C’est incroyable… c’est elle qui s’occupe de moi.

Elle est si forte.
Le bébé est si proche.
J’en ai les larmes aux yeux.

D’autres heures passent.
La poche des eaux craque.
Les contractions se déchaînent.
Le « travail » se termine.
L’accouchement commence.

Emilie quitte le silence.
Elle est à genoux.
Tout le monde s’occupe d’elle.
Mes mains font parties de celles qu’elle serre.
Ma voix fait partie de celles qu’elle entend.

Et puis soudain il y a une personne de plus dans la salle de travail.
Une petite fille est apparue d’un coup.
J’ai cette impression étrange qu’elle est tombée du ciel.

Cléo est là et je pleure.
Je ne pleure pas longtemps mais je pleure comme rarement j’ai pleuré.
On pleure à deux, avec Cléo.
Peut-être parce qu’à ce moment là,
On est les seuls à n’avoir rien de mieux à faire.

Merci Cléo et Emilie,
Pour ce jour où j’ai tant appris.